Tribune

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La mobilité n’est pas une question partisane

Quelques semaines après les élections municipales et l’élection ou la réélection de près de 35 000 maires, il est salvateur de rappeler que la mobilité urbaine est l’enjeu de tous, sans distinctions politiques.

Souhaiter favoriser tel ou tel type de mobilité, qu’elle soit douce, décarbonée, qu’elle encourage le désengorgement des centres urbains ou qu’elle œuvre à la démocratisation de l’accessibilité, sont autant de façons d’orienter sa politique de mobilité. Autant de voies qui se retrouvent, se recoupent et se complètent pour créer une ville apaisée et inclusive.

Au sein du secteur de la mobilité et du stationnement, nous avons observé un changement en profondeur de l’appréhension des différentes solutions de mobilité. L’évolution de la ville, l’évolution du cadre réglementaire et des attentes des habitants ont accéléré la dépolitisation des moyens de transport.  En parallèle, le développement des offres, de la voiture hybride aux utilitaires électriques en passant par trottinettes électriques et vélos cargo, a fait émerger le besoin de solutions adaptées à chaque situation individuelle. Et les villes l’ont compris. Les pistes cyclables se sont multipliées, les bornes de recharge pour véhicule électrique fleurissent, l’enfouissement des structures de stationnement redynamise les centres-villes historiques, et ce sans distinction de couleur politique.

Cette transformation est importante pour comprendre qu’aujourd’hui la politique de mobilité n’est pas une question justement politique, mais bien une adaptation aux besoins renouvelés des populations. Les Français ne demandent pas une transformation radicale imposée d’un seul côté, le tout-vélo ou le tout-voiture, mais bien une diversité d’options. Les données le confirment sans ambiguïté : selon l’Observatoire INDIGO du stationnement 2025 réalisé avec l’IFOP, 85 % des Français utilisent encore régulièrement une voiture thermique. Dans le même temps, 58 % attendent des parkings qu’ils soient des hubs multimodaux, 55 % veulent plus de places vélos et 54 % plus de bornes de recharge. Ces chiffres ne se contredisent pas : ils se cumulent. Ce sont les mêmes Français qui conduisent le matin et souhaitent recharger leur voiture électrique le soir. Ce sont les mêmes habitants qui peuvent prendre un jour le vélo et le lendemain la voiture. La ville du tout-vélo comme la ville du tout-voiture n’existe pas, la ville de toutes les mobilités, cependant, est en train de devenir une réalité partout en France.

Ce que le débat public tend à ignorer, c’est l’ampleur du consensus. L’étude Keolis/IFOP de novembre 2025 est à cet égard révélatrice : toutes tendances politiques confondues, les Français souhaiteraient consacrer un tiers du budget municipal à la mobilité. Et l’écart sur la part dédiée spécifiquement au vélo entre un citoyen de gauche (12 %) et un citoyen d’extrême droite (10 %) n’est que de deux points. En parallèle, on sous-estime également la dimension économique du stationnement : une étude CCI France de 2024 révélait déjà que 43% des commerçants estimaient que l’offre de stationnement était insuffisante pour leurs clients et considéraient le sujet clé pour l’attractivité du centre-ville.

Si politisation du débat il y a, au sens de la vie de Cité, c’est bien plutôt sur la vision de la ville du futur et l’ambition d’accompagner ce mouvement, d’être volontaire dans le développement de cette ville multimodale, capable de valoriser qualité de vie comme accessibilité. L’urbanisme est une question de temps long et celles et ceux qui investissent aujourd’hui, qui se projettent dans le futur de leur ville, construisent les villes qui demain seront celles auxquelles on se comparera. Le dogme résiste peu longtemps à la réalité des besoins, et peut-être moins longtemps encore quand il est question d’aménagement de la ville. Nous avons en France des atouts indéniables, aussi bien dans l’offre de mobilité que dans l’infrastructure urbaine, sachons nous en emparer pour faire de nos villes des modèles mondiaux de développement apaisé.

Sébastien Fraisse, Président du Directoire d’INDIGO